

Par Laurie-Anne D’Amours
Le dimanche 30 avril 2017
James Guy Robert, mon père, que j’appelais affectueusement « Bobo », nous a quitté le vendredi 14 avril dernier à l’âge de 60 ans. Bobo a perdu son combat contre un cancer très agressif qui l’a emporté à peine deux semaines après être entré à l’hôpital. Il est parti tellement vite qu’à l’heure de sa mort, nous ne savions toujours pas le type exact de cancer dont il souffrait malgré tous les tests effectués. La dernière théorie des médecins est qu’il s’agissait d’un type très rare de lymphome, soit un cancer du sang. Nous attendons encore les résultats des analyses pour pouvoir déterminer la cause exacte de sa mort.
Pendant ses deux semaines à l’hôpital, les médecins lui avaient d’abord donné 12 à 18 mois, puis 10 à 12 mois. Le mercredi 12 avril, il a été admis aux soins intensifs car il était trop instable. Puis, au milieu de la nuit du 14 avril, le médecin de garde nous a appelé pour nous dire qu’il ne lui restait que quelques heures à vivre. Ce fut une longue nuit. Les heures sont longues quand elles auraient dû être des mois. Nous l’avons donc accompagné dans ses dernières heures en lui tenant la main, sans vraiment savoir s’il en était conscient car il ne répondait à aucun stimulus, puis il est décédé un peu après 8h le matin même. Sa perte aussi rapide fut certainement un choc pour moi, et aussi pour toute notre famille et ses amis.
Mais assez parlé de sa mort : j’aimerais parler de sa vie.
Aujourd’hui, j’aimerais lui rendre hommage. J’aimerais le remercier pour tout ce qu’il m’a appris, tous les beaux moments que nous avons partagés et toutes les valeurs qu’il m’a inculquées. Et j’aimerais exprimer combien il va me manquer et combien je l’aimais.
Vraiment, il va me manquer. Je crois que la plupart du temps, quand une personne nous manque, c’est parce que la petite étincelle unique qu’elle représente dans notre vie ne peut être remplacée par personne d’autre. Car ce n’est pas le fait d’avoir perdu « un père » qui m’attriste, c’est le fait d’avoir perdu « Bobo » et tout ce qui faisait de lui « Bobo ». À mes yeux, l’étiquette qu’on lui donne de « père » est sans importance. Tout ce qui importe, c’est cette connexion unique et irremplaçable que nous avions.
En premier lieu, je suis certaine que plusieurs d’entre vous pourriez vous demander pourquoi je l’appelais « Bobo ». En fait, tout ceci découle du moment où j’ai appris que « Babbo » voulait dire « père » en italien. La même journée, mon père s’était foulé la cheville en débarquant de l’auto et s’était coupé à deux endroits sur le pied en trébuchant. Et plus tard dans la journée, je crois qu’il s’est aussi foulé le poignet. Pour une raison que j’ignore, il avait vraiment tendance à se cogner et se blesser partout. Ça doit être génétique parce que mon grand-père et moi avons reçu la même malédiction! Enfin… Bref, j’ai voulu commencer à l’appeler « Babbo » parce que je trouvais ça mignon et spécial, mais je me suis ensuite mise à l’appeler « Bobo » pour le taquiner sur sa tendance à se faire des bobos. Et par la suite, vous l’aurez compris, le surnom est resté!
Le fait que son surnom soit humoristique n’est pas un hasard. Bobo et moi avions une grande complicité et aimions nous taquiner mutuellement. D’ailleurs, l’une des premières choses que je me suis dites à sa mort est que j’allais m’ennuyer de son humour très particulier. Le personnel qui le soignait à l’hôpital dans ses derniers jours de vie l’a d’ailleurs bien remarqué. Mon père avait trouvé un surnom pour chacun des objets qu’il y avait dans sa chambre : il appelait sa tige à solutés « la pieuvre », le saturomètre « un coin-coin » et son urinoir portatif « une théière ». Il pouvait bien se plaindre que la bouffe n’était pas bonne à l’hôpital! Quand il a eu beaucoup de choses de branchées après lui en même temps, il a dit qu’il était devenu « un arbre de Noel ». À un moment donné, il a été mis sous une tente d’oxygène et m’a dit avec amusement qu’il avait fait du « camping » aujourd’hui et s’est exclamé : « J’aurai bien essayé toutes les sortes de camping imaginables! »
C’est vrai qu’on en avait fait du camping ensemble! On a fait du camping sauvage, du kayak-camping, du camping en tente-roulotte, du camping dans l’auto, du camping à la belle étoile, et probablement d’autres formes de camping dont je ne me rappelle plus. On a aussi fait du camping dans pas mal toutes les conditions météorologiques. On a expérimenté le camping sous la pluie, sous la neige, sous la grêle, dans la brume et bien sûr dans les nuages de maringouins. Sans parler des jours venteux où on a dû courir après notre tente qui se faisait emporter comme un cerf-volant. Ou du moins, Bobo courait après la tente et moi je riais de lui!
Bobo et moi avons partagé des moments qui resteront toujours gravés dans ma mémoire. À part nos péripéties en camping, je vais toujours me rappeler des soirées que nous avons passées ensemble à écouter Découverte, à faire des jeux de logique et à lire des magazines scientifiques ou des encyclopédies, juste pour le plaisir d’apprendre. Je vais me rappeler de nos fins de semaine de kayak quand il faisait beau ou passées sur le sofa à regarder une série télévisée quand on n’avait tout simplement pas envie de sortir. Je vais me rappeler des nuits où on a regardé les étoiles filantes et des nuits où on a observé de puissants et magnifiques orages. Je vais me rappeler de ces soirées mémorables quand j’étais petite où il m’invitait à venir glisser en « crazy carpet » au parc régional pour passer du bon temps avec moi, même s’il avait travaillé toute la journée et revenait de ses cours du soir à l’université. Et sinon, je vais malheureusement me rappeler de mes nombreuses défaites contre lui au Scrabble…
Mais au-delà de ces moments magiques que nous avons partagés, Bobo a été un modèle pour moi. Il m’a inspirée à être curieuse, à entrer au plus profond de mes passions, à dénoncer les situations injustes et à protéger autant que possible les plus vulnérables. Bobo a toujours conservé sa curiosité intellectuelle, son humour, son désir de rendre le monde plus juste et sa compassion envers les autres et ce, jusqu’à la fin. Il a été mon grand professeur de la vie, ce vieux sage toujours disponible à qui je pouvais poser n’importe quelle question. Je l’ai très rarement vu se fâcher. Il a toujours été patient et doux avec moi. Il m’a beaucoup appris. Et il a toujours eu foi en moi et en ma capacité d’apprendre.
Les mots me manquent pour exprimer toute la gratitude que je ressens d’avoir eu une personne aussi exceptionnelle dans ma vie. Je ne serais pas la femme que je suis aujourd’hui sans lui. J’espère que la vie m’apportera de nombreuses opportunités de lui rendre hommage. Et j’espère un jour incarner à mon tour toute la beauté et la lumière qui résidaient en lui.
Merci pour tout, Bobo. Repose en paix.
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Robert, James Guy
1957 - 2017
À Greenfield Park, le 14 avril 2017, à l'âge de 60 ans est décédé James Guy Robert, fils de feu Albert Robert et de Philomène Lachance.
Il laisse dans le deuil sa fille Laurie-Anne (François), ses frères Marcel (Ginette) et Réal (Lise), son neveu Antoine et sa nièce Sophie, ses cousins et cousines, ainsi que de nombreux parents et amis.
La famille vous accueillera à: La Maison Darche, 505, boul. Curé-Poirier Ouest, Longueuil, Qc, J4J 2H5, le dimanche 30 avril 2017 à partir de 13h, suivi d'une cérémonie en la chapelle du complexe funéraire à 16h.
Vos témoignages de sympathie peuvent se traduire par un don à la Société Canadienne du cancer.
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v.1.18.0