

Elliot Lake est une ville qui s'est érigée de façon très rapide. En trois ans, de 1955 à 1958, une ville de 30,000 habitants surgit au milieu de la forêt vierge au nord de la Baie Georgienne à mi-chemin entre Sudbury et Sault-Sainte-Marie. L'uranium
était en grande demande et des gisements importants avaient été découverts dans la région.
Toronto avait décidé de faire d'Elliot Lake une ville modèle. À coups de millions de dollars venant des gouvernements américain et canadien ainsi que des grosses compagnies minières, la ville se développa avec une rapidité foudroyante. Les écoles, les églises, les entreprises devaient être gérées entièrement en anglais. Après tout, pourquoi compliquer les choses avec du
français, mais ça, c'est une autre histoire!
En 1955, mon mari avait trouvé un emploi dans une des mines (il y en avait déjô onze) mais it a fallu deux ans avant que les enfants et moi puissions le rejoindre.
Enfin, le 21 octobre 1957, nous prenons possession de notre maison neuve dans cette ville modèle. Nos fillettes, âgées de huit et neuf ans, n'ont aucune difficulté à s'integrer au système d'école publique car elles parlent déjà bien l'anglais. Notre famille est enfin réunie et nous sommes heureux.
En même temps que nous, des centaines de families arrivent de tout le Canada, des États-Unis, d'Europe. Celles du Québec, particulièrement nombreuses viennent de l'Abitibi, de la Gaspésie et du Témiscamingue. Ce sont les enfants de ces familles qui m'inquiètent un peu dans une ville entièrement anglaise. Mais que
puis-je faire? J'ai toujours enseigné dans des écoles françaises et catholiques.
Pendant le congé de Noël, le conseil scolaire se met à la recherche d'enseignants pour tous ces nouveaux arrivants. On apprend que je suis qualifiée pour les écoles ontariennes et un conseiller se présente chez nous un soir. Il m'offre une classe de première année de 8h30 a 11h30 à un très bon salaire. J'explique que je n'ai jamais enseigné dans une école publique.
- Pas de problème, dit-il, vous êtes bilingue, vous n'aurez
qu'à enseigner en anglais. Rien de plus simple.
L'expérience me tente et sans trop hésiter je signe un
contrat de six mois.
À la rentrée de janvier, quelques jours plus tard,
j'arrive a cette grande école à peine finie, mais très
bien equipée. Les armoires sont remplies de materiel
scolaire ; c'est l'abondance et tout est gratuit.
Je rencontre le directeur qui me remet une liste d'une trentaine d'élèves avec noms et dates de naissance. Il me donne aussi le programme d'instruction religieuse des "Public Schools" de l'Ontario. Je dois m'en tenir strictement à ce livre.
Huit heures trente arrive et je lance mon meilleur : «Good morning, children».
À peine quelques-uns me répondent. On passe à la prière : «Our Father». À peu près un tiers continue, les yeux fermés et les mains jointes. Les autres les regardent.
Selon mon petit livre rouge, je dois raconter l'histoire de Moïse sauvé des eaux. Malgré tous mes efforts pour mimer l'histoire et la rendre aussi intéressante que possible, j'ai l'attention des petits anglophones seulement. Je termine rapidement et retourne à mon pupitre.
C'est alors que je regarde ma liste des noms. Je comprends que ces enfants ne comprennent rien en anglais. La tête dans les mains, j'envisage mon problème. II faut agir vite, mais comment m'y prendre ? Après un moment de réflexion et une petite prière bien catholique, mon courage revient. Je me lève et fais signe aux enfants de faire de même. Je pose quelques questions sur Moïse et ceux qui ont compris l'histoire lèvent la main. Ce sont ceux dont les noms sont en anglais sur ma liste. «Bon, venez vous asseoir dans les deux rangées à gauche et faites-moi un dessin de Moïse et la princesse.» Je distribue le nécessaire et ils commencent avec enthousiasme.
Je lance quelques questions en français. Surprise ! La lumière se fait dans les yeux des petits francophones. Les mains se lèvent et on veut continuer dans cette langue. Mais le temps presse et je les invite à prendre les pupitres à droite et à me
faire un beau dessin.
Les autres prennent les places du centre avec un petit devoir sur les chiffres, sans mots mais avec des petits animaux à colorier.
C'est ce groupe qui demandera beaucoup plus d'attention au début. Arrivés au Canada depuis quelques jours seulement, ils portent les noms polonais, italiens, portugais et autres de ma liste.
Les premiers mois sont très difficiles, mais avec l'encouragement des parents, à l'aide de beaux petits livres bien illustrés et en imitant la prononciation de mes "savants" de la gauche, en peu de temps toute la classe lit convenablement.
À la visite des parents vers le mois de mars, je partage la fierté de ceux-ci en entendant leur enfant parler et lire l'anglais avec tant d'assurance. Certains me confient qu'ils aimeraient pouvoir en faire autant.
Avant le congé de Pâques, c'est le temps d'abolir mes trois divisions linguistiques. Je fais donc un grand remaniement des pupitres d'après la capacité de chacun.
À la fin de mai, j'ai cinquante-trois élèves quand monsieur l'inspecteur arrive de Toronto. Il constate que tous lui répondent, lisent et travaillent en anglais. Après d'une heure il se dit satisfait et félicite les jeunes. Rendu à la porte, tout en me Après félicitant a mon tour, il me dit:
- J'espère que vous reviendrez l'an prochain.
Merci, lui dis-je, mais je suis déjà embauchée pour enseigner à la deuxième école française qui sera prête en septembre.
- Ah ! fit-il tout surpris, une deuxième école française ?
Oui, dis-je, c'est voisin de la fondation qu'on creuse déjà sur la rue Hillside Drive pour l'église française.
- Ah ! répète-t-il, je ne connais pas encore votre ville. Well, good luck anyway! poursuit-il en me tendant la main.
Thérèse Schatz
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Thérèse Schatz (née Montpetit)
est décédée le samedi 24 août 2013 à l'âge de 97 ans. Elle était la fille de feu Alfred Montpetit et de feu Delvina Sabourin; épouse bien-aimée de feu Gustav Schatz. Elle laisse dans le deuil sa fille et meilleure amie Sylvia Schatz. Elle laisse également plusieurs neveux, nièces et amis. Elle fut prédécédée par sa fille Alice ainsi que ses frères et sœurs Fleurette, George, Lionel, Fernand et Betty. La famille aimerait remercier les employés de l'Hôpital Montfort pour le support et la compassion et aimerait remercier les employés des Jardins Rideau ou Thérèse a vécu ses 11 dernières années. Un service commémoratif aura lieu le jeudi 29 août 2013 à 10 h 30 en la chapelle de la Maison funéraire Racine, Robert & Gauthier 180 ch. Montréal, Ottawa (613-241-3680). Pour ceux et celles qui le désirent, des dons à la Fondation de l'Hôpital Montfort seraient appréciés. Les souvenirs et hommages peuvent être transmis par Internet www.racinerobertgauthier.ca
Schatz, Thérèse (nee Montpetit)
Peacefully on Saturday August 24th, 2013 at the age of 97. Dear daughter of the late Alfred Montpetit and the late Delvina Sabourin. Loving wife of the late Gustav Schatz. She will be sadly missed by her daughter and best friend Sylvia Schatz. She will also be missed by many nieces, nephews and friends. Predeceased by her daughter Alice as well as her brothers and sisters Fleurette, George, Lionel, Fernand and Betty. Special thank you to the staff at the Montfort Hospital for their support and compassion and to the staff at Rideau Gardens where Thérèse lived the last 11 years. Family and friends are invited to a Memorial Service at Racine, Robert & Gauthier Funeral Home Chapel on Thursday August 29th at 10:30 a.m. For those wishing, memorial donations may be made to the Montfort Hospital Foundation.
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v.1.18.0