

Mon cher Robert,
Alors que je t’écris cette lettre, je sais d’emblée qu’elle t’arrivera trop tard et en même
temps, pour nous les Terriens, elle arrive à point. À point nommé parce qu’il n’est
jamais trop tard lorsque le temps ne compte plus.
On dit que les mots sont toujours faibles pour témoigner de la Vie et de l’oeuvre d’une
personne, désolé de te décevoir mais mes mots seront faibles et en plus, ils sont humbles
mais sincères. Robert. Je veux juste te faire honneur et te communiquer toute
l’appréciation que j’ai de ta personne et parler à tous de mon amour - fraternel - et
véritable pour toi.
Je mentionnais les Terriens un peu plus tôt parce qu’au cours du temps, je me suis plu
à concevoir nos vies comme si nous étions chacun sur nos planètes respectives, tout en
parallèle, tout comme un système solaire dont nos parents auraient eu le rôle d’Étoile
centrale … de Soleil.
Un système solaire de huit planètes dont je suis la sixième, né du 1ier mariage. Et toi !
la dernière planète. La huitième du 2ième mariage. Je n’irai pas dans la description
détaillée de l’histoire de ce système mais tu t’es laissé accrocher dans notre champs de
gravitation, prématurément, un certain 23 janvier 1931 et ce, pour un long séjour avec
nous.
On a été une volée de planètes qui virevoltaient de tous bords tous côtés avec, chacun
nos lunes, nos femmes, les maris, et, dans l’espace où on était, certains disaient qu’on
était une volée d’électrons libres mais ça, seuls les astronomes le savent.
Il y avait d’abord la planète Gaby avec tous les « sparages » de sa population et ses
milles et une couleurs dont le rouge notamment, la planète Rolande avec ses onze
lunes, la planète Thérèse et ses deux diamants, la planète Pierre avec son peuple
vivace, plein d’esprit et de réparties surtout. Ah ! je pourrais bien toutes te les décrire
mais aujourd’hui je veux parler de toi, la planète Robert, qui est entrée dans la danse
un soir de janvier 1931.
Une planète où se retrouvent les gens studieux, travaillants et surtout bienveillants.
Scientifiques parfois même lunatiques sans faire de mauvais jeux de mots. Justement
un lieu où vit un monde de peu de mots, assis sur des chaises longues près de la Mer de
la Tranquillité et qui, pour se nourrir, consomment des arts, de la peinture, de l’opéra
en quantité et des musées à satiété. Des gens avec un don spécial pour l’écoute, pour
les soins et la guérison de maladies complexes. Ils en font même une mission, certains
y consacrent même leur vie. Tu faisais assurément partie d’eux
Je te le dis tout de suite, rien à voir avec mon univers en parallèle.
Tu t’imagines bien que nos vies avaient peu en commun. Par exemple, ma planète est
verte, elle est même plate. C’est pour qu’une balle de golf ne roule pas trop loin et
puisse finalement tomber dans le trou et rejoindre le noyau … au centre. On aime le
sport sur ma planète mais, c’est curieux, dans les équipes sportives y’a plus de
« coachs » que de joueurs. Et quand on se reproduit, on ne met au monde que des
garçons uniquement et nous, ce n’est pas le scientifique ou le théorique qui est notre
préoccupation mais bien la pneumatique. Dans tous les sens du terme.
Tu étais le bébé de la famille, prématuré, et, comme le Petit Prince, tu nous faisais
réfléchir mais sans faire étalage de toute la somme de tes connaissances, sans suffisance,
sans superflus, sans rajouter plus que ton grain de sel que tu te permettais parfois. Et,
lors des partys de famille, tu retournais jouer aux échecs avec Yve, une de mes lunes.
Avec ton regard sous tes épaisses lunettes, ta vie confirmait qu’on ne voit bien qu’avec
le coeur.
Avec Lise, qui était toujours là, avec amour, pour t’appuyer, tu exerçais ta profession
de médecin, si importante pour toi, tout en guidant vos trois lunes. :
Marie-Claude, Sophie – ma filleule et merci - et Ariane bien sûr dans leur quête
d’elles-mêmes et de d’autres planètes. Au cours des années, vous avez aussi fréquenté
la Terre … et de paysages en voyages en pays sages et en rivages, de Wildwood au
Portugal où tu aimais te retrouver près des vagues, ta mer de tranquillité.
Sur notre rue Boyer dans les années ‘50, tu étais aussi, un peu, excuse la caricature,
mais tu étais notre ¨Ovide¨ de la Famille Bourque. Avec ton amour pour les arts, les
lettres et la culture. Tu étais sérieux, concentré, au tout début de ta pratique tu as
même eu à apprendre à papa – Louis Onésime – son diagnostic de cancer, on était en
‘61 et on envisageait les conséquences, l’inévitable. Et c’est sur ta planète qu’il s’est
réfugié pour se faire soigner.
Avec ta drôle de voix et ton regard clair et doux, tu appréciais la sensibilité des choses
et tu étais une référence pour les habitants de ma planète et de tout le système
planétaire en fait.
Robert, je n’ai pas pu te suivre dans toute ton évolution, toutes tes révolutions, toutes
tes actions auprès des malades, des patients mais tu m’as accueilli à titre de médecin
personnel, toujours disponible à mes questions, à mes ¨rhubes¨ et mes grosses grippes
d’homme. Tu étais mon docteur Wilby, mon bon docteur Bourque comme je l’entends
encore dire. Et bien sûr mon frère de baseball … non mais les Expos mon cher
Robert … Rick Monday en ’81, le lock-out de ’94 … oui, nos glandes salivaires ont
coulées avec joie et en quantité et ce, pour rien, pour les voir partir faire tourner des
balles sur leurs nez.
Aujourd’hui ta planète est repartie vers une autre galaxie, là où d’autres musiques
t’attendent, où des tableaux irréels peuplés d’étoiles t’invitent et où d’autres plages en
bordure de mers t’accueilleront dans leur cosmogonie.
Robert, il y a de ces lettres qu’on n’ose écrire du vivant de ceux qu’on aime car même
armé d’une plume, même en contemplant la feuille blanche qui était devant moi, si ma
main n’a pas su suivre les mots de mon coeur, saches que mon coeur, lui, a toujours été
sur ton chemin. En terminant deux choses, deux petits grains de sel, je te dis et, à
Dieu , et, au revoir !
ROBERT BOURQUE (1931 – 2018)
Chapelle Notre-Dame-de-la Résurrection
Samedi, 20 octobre 2018
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Lucien Bourque
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Eulogie écrite et lue par Sophie Bourque,fille de Robert
Éulogie Papa 20 octobre 2018, Montréal, Chapelle Notre-Dame-de-la-Résurrection
Si papa était ici, il vous dirait Merci.
Merci à vous tous de vous être déplacé. Il trouverait que c’est beaucoup de monde pour lui qui a toujours pratiqué l’élégance discrète teintée de bienveillance.
Si papa était ici, il dirait Merci à la vie.
Cette vie qui, un 23 janvier 1931, a décidé que la petite livre et demie qui venait de naître prématurément, passerait au travers non seulement de ses premiers mois, mais qu’il allait profiter de 87 belles années. Lui qui répétait sans cesse que passé 80, c’est du bonus. Papa fut un grand gagnant à la loterie de la vie. Il a eu 7 frères et sœurs qui l’ont accompagné et amusé tout au long de sa vie et qu’il aurait pris le temps de remercier fraternellement.
Si papa était ici, il dirait encore Merci à la vie d’avoir mis sur son chemin cette belle jeune fille de 18 ans, qui s’appelle Lise Pariseau, son amoureuse de toujours, qui a cru dès le début en lui et ainsi l’a aidé financièrement à concrétiser son rêve de devenir médecin, ce qui lui a permis de redonner à la vie et définir l’homme qu’il a été.
Si papa était ici, Il dirait Merci Lise de m’avoir aidé et tant aimé toutes ces années de vie active afin que je puisse m’investir totalement dans ma profession, en prenant soin de nos trois belles filles. Parce que pour papa, la conciliation travail-famille avait un nom : Lise.
Si papa était ici, il dirait encore Merci à Lise pour s’être occupé de lui, même quand son esprit et son autonomie s’en sont allés, tranquillement, doucement, sachant que Lise elle, restait auprès de lui épaulée par Marie-Claude et Pierre ces dernières années. Il lui dirait que sans elle, sans tout l’amour qu’elle lui a donné, ça aurait fait longtemps qu’il n’aurait plus vécu dans son chez-soi qu’il aimait tant, avec sa Lise qu’il aimait tant.
Si papa était ici, il lui dirait tendrement Merci Lise, pour ces 71 belles années vécues ensemble, je t’aime Lise, et je t’aimerai toujours.
Si papa était ici, il dirait sûrement merci à ses trois filles sources de grande fierté tout au long de sa vie. Il leur dirait merci pour ces 6 petits-enfants, même s’il a trouvé qu’ils arrivaient un peu tard dans sa vie et qu’il n’avait plus vraiment la forme pour être un grand-papa-gâteau.
Si papa était ici, il dirait merci à la culture, pour l’avoir inspiré, pour avoir fait de lui un homme meilleur, pour avoir nourri son intellect, pour lui avoir tenu compagnie. Il dirait aussi merci à ses amis avec qui il a partagé son amour pour la musique, l’opéra, les lettres et les voyages.
Si papa était ici, sa foi lui dicterait de nous dire: de ne pas avoir peur de la mort, qu’elle fait partie de la vie, et que de toute façon, si on fait une bonne vie, on va au ciel.
Si papa était ici, il dirait de ne pas trop pleurer, juste un peu parce que c’est normal de pleurer, mais il dirait que la mort aussi est normale, inévitable, rassembleuse malgré ses habits de séparation.
Si papa était ici, il dirait qu’il peut maintenant conclure et ajouterait avec de l’émotion dans la voix ceci: que malgré des débuts un peu difficiles dans la vie, il est plus que reconnaissant d’avoir partagé cette longue et belle vie avec nous tous.
Quant à nous, si papa était encore ici, on lui dirait encore une fois: je t’aime et veille sur nous. À bientôt Papa.
Merci.
* * * * * * * * * *
Le 19 septembre2018, Robert nous a quittés après une belle et longue vie aux côtés de sa Lise bien-aimée (Pariseau), rencontrée alors qu’ils n’avaient pas même vingt ans. « Jusqu’à ce que la mort nous sépare », se sont-ils juré le 15 juin 1957. Ils ont tenu promesse. Un amour de 71 ans, qui ne cessera de grandir.
C’est maintenant à Marie-Claude, Sophie et Ariane de prendre soin de Lise, comme il l’aurait voulu, avec autant d’amour qu’il a su lui donner durant toutes ces années.
Elles seront aidées par Pierre Tavernier, qu’il considérait comme son fils, Marc Lemieux et Sidney Horn, ainsi que par sa belle-sœur Jeannine Pariseau.
Ses petits-enfants, Julia, Delano, Chloé, Bénédict, Variance et Darian, savent le privilège d’avoir eu un grand-papa doux et aimant comme lui.
Fils de Louis Bourque et Germaine Lafleur, il a grandi rue Boyer, sur le Plateau Mont-Royal qu’a si bien décrit Michel Tremblay. Il était le benjamin d’une famille de 8 enfants, feu Gaby, Rollande, Gisèle, feu Thérèse, André, Lucien et Pierre.
Homme discret et délicat, d’une grande culture et d’une grande érudition, mélomane averti, il se ressourçait auprès des grands auteurs et compositeurs, trouvant autant de bonheur dans les mots que dans les notes.
Gradué de la promotion 1958 de la faculté de médecine de l’Université de Montréal, dévoué et généreux, il se donnait sans compter, faisant, des années durant, ses visites à domicile sur appel, même les fins de semaine.
Il a eu une carrière professionnelle riche et variée. Impliqué auprès de ses pairs, il fut vice-président de la Corporation professionnelle des médecins (comme on l’appelait alors) pendant près de 10 ans et vice-président de la Fédération des médecins omnipraticiens et fut chargé de cours à la faculté de médecine. Il s’est longtemps impliqué auprès des toxicomanes chez Domrémy, puis des personnes âgées dans différents centres d’accueil, particulièrement à Marie-Rollet. Il a aussi travaillé auprès de la Régie régionale de la santé. C’est à 79 ans qu’il s’est résolu à se séparer de ses patients et patientes et à quitter son cabinet de la Clinique Domus Médica.
Rattaché toute sa pratique à l’Hôpital Santa-Cabrini, il y a vécu sa vocation de soigner les gens pendant plus de 35 ans. C’est d’ailleurs dans ce deuxième chez lui qu’il nous a dit au revoir.
Des remerciements du fond du cœur à toute l’équipe des soins intensifs, qui a si bien su l’accompagner, ainsi que sa famille, dans ce dernier bout de chemin.
Selon ses volontés, il n’y aura pas d’exposition. La famille recevra les condoléances le samedi 20 octobre 2018 à 13, suivi d'une cérémonie simple, bercée de musique, qui aura lieu à 14h à la chapelle Notre-Dame-de-la-Résurrection au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges.
Plutôt que des fleurs, votre don à la Fondation de l’hôpital Santa-Cabrini ou à la Fondation de l’orchestre symphonique de Montréal sera le reflet de l’affection et de l’estime que vous lui portez.
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